Tous les articles par Lucile Alemany

Bretagne : Le collectif SALEN mobilisé dans le Finistère contre un projet de parc photovoltaïque.

Nous sommes un collectif de riverains habitant au Folgoët, commune du Nord Finistère. Nous sommes des familles habitant sur un périmètre de protection de captage d’eau potable créé en 1997.

Pour certains, nous étions propriétaires de terres agricoles qui ont été préemptées pour la création du périmètre de protection du captage (PPC) afin de faire diminuer le taux de nitrates dans l’eau potable en deçà de 50mg/L. Il y avait trois agriculteurs (trois légumiers) en activité dans notre village, dont un maraîcher en agriculture biologique. Les activités agricoles, y compris l’agriculture biologique, ne sont plus autorisées par l’arrêté préfectoral régissant le PPC (voir arrêté préfectoral N° 2007-0564 du 18 mai 2007). Un agriculteur a conservé ces terres, les deux autres les ont cédées. Ces terres appartiennent aujourd’hui à la Communauté de Communes. Elles sont classées en zone naturelle et sont maintenues en herbe par la Communauté des Communes qui les louent à des agriculteurs locaux. Des contraintes strictes nous sont imposées également depuis 1997, en tant qu’habitants sur ce périmètre de protection de captage.


Aujourd’hui les captages restent classés prioritaires pesticides et nitrates et l’embouchure de la rivière Quillimadec, qui sillonne le bassin versant alimentée de nombreux ruisseaux, est une des huit baies algues vertes de Bretagne.
Un parc photovoltaïque est en projet sur 18 hectares de ce périmètre de protection de captage. Une partie des terres de ce parc appartient à la Communauté des Communes, une autre à un agriculteur.


Ce projet de parc solaire nous paraît contraire aux exigences de l’arrêté préfectoral au vu des interdictions imposées par l’arrêté pour éviter toute contamination de l’eau et nous interpelle alors qu’aucune activité n’est autorisée sur ce périmètre, y compris l’agriculture biologique.

La présence d’équipements électriques et électroniques, de transformateurs et onduleurs, d’huiles, de pieux galvanisés sur plus de 18 hectares et les risques induits par cette activité de production d’énergie nous paraissent contraires et incohérents avec les exigences de l’arrêté préfectoral. L’existence des restrictions imposées a toujours eu pour objectif premier la protection de l’eau potable.

La dérogation à l’arrêté préfectoral, qui devra être modifié pour autoriser la destruction de haies et talus, accordée pour ce parc photovoltaïque à EDF Renouvelables par la Communauté des Communes ne nous semble pas juste. Le tarif locatif payé par EDF Renouvelables (6000€/ha/an) est aussi pour nous inconcevable et destructeur d’un futur agricole dans nos campagnes.


Si une activité doit être autorisée sur le périmètre de protection, dans ce cas, ces terres doivent redevenir des terres à usage agricole et les activités telles que l’agriculture biologique ou l’agroforesterie doivent être autorisées.

Ces activités sont possibles sur un périmètre de protection de captage. Nous le voyons pratiquer ailleurs en France. Ce serait aussi en cohérence avec le nouvel décret n° 2022-1223 du 10 septembre 2022 relatif au droit de préemption pour la préservation des ressources en eau destinées à la consommation humaine, qui se veut de favoriser l’installation de pratiques agricoles favorables à la protection de la ressource en eau sur les aires d’alimentation et ne remet pas en cause la destination agricole des terres préemptées.
Face à l’urbanisation et l’artificialisation des terres agricoles, c’est l’activité agricole qui doit être privilégiée et ces 18 hectares de terres agricoles doivent être préservés.


Dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique et les émissions de gaz à effet de serre (GES), l’agriculture biologique et l’agroforesterie sont des solutions. Sur notre territoire, les sources d’émissions de GES sont majoritairement d’origine agricole par les émissions de méthane issu de l’élevage et de protoxyde d’azote issu de l’utilisation d’engrais azotés et des épandages.

Par conséquent avant de développer les énergies renouvelables, il est prioritaire d’agir sur l’agriculture et d’encourager le développement d’une agriculture moins émettrice de GES telles que l’agriculture paysanne, biologique et agroforestière.
Donc dédier ces terres à une agriculture préservatrice de l’eau, de la biodiversité et du climat est pour nous prioritaire, face à l’installation d’un site de production d’énergie renouvelable.

Ces terres sont des terres fertiles, des sols vivants, ce ne sont pas des sols dégradés. Ces terres ont été, sur plusieurs générations, l’outil de travail de plusieurs familles de paysans. Il est juste que cela continue, en accord avec la préservation de l’eau. Leur fonction n’est pas de servir de support à des panneaux photovoltaïques.


Mobilisez-vous à nos côtés pour la préservation du foncier agricole et pour une agriculture paysanne qui préserve la fertilité des sols, les ressources naturelles et privilégie la biodiversité.

👉 Signez et faites circuler la pétition : « Le Folgoët : eau potable menacée ! » 👈


Le Collectif de riverains SALEN
Page Facebook SALEN 29

[FORMATION] samedi 3 décembre : Accès à une alimentation choisie pour toutes et tous : vers une sécurité sociale de l’alimentation

Format : conférence  / échanges

Dates, horaires et lieu : samedi 3 décembre de 10h à 12h, en visio-conférence

Intervenants : membres du collectif Pour une Sécurité sociale de l’alimentation :

  • Bénédicte BONZI : anthropologue spécialisée sur les violences alimentaires
  • Emmanuel MARIE : paysan de la Conf’, spécialisé sur les Statuts SCOP agricoles
  • Romain HENRY : paysan de la Conf’, à l’initiative, entre autres, d’une expérimentation locale de SSA en Touraine

Modalités d’inscription

Pour vous inscrire : https://framaforms.org/3-decembre-acces-a-une-alimentation-choisie-pour-toutes-vers-une-securite-sociale-de-lalimentation

Pour nous contacter :

Lucile Alemany, coordinatrice

contact@lesamisdelaconf.org/ 07.88.53.46.99

CONTEXTE

En France, on confond aide alimentaire, nécessaire dans l’urgence, et accès à l’alimentation. Pourtant, malgré sa nécessité actuelle, l’aide alimentaire est source de grandes violences, pour les personnes y ayant recours comme pour les bénévoles. Certains travaux récents préconisent ainsi de la dépasser, en développant des formes d’accès durables à l’alimentation. L’objectif : garantir à toutes et tous l’accès à une alimentation choisie. Quel rôle de nos organisations, lesquelles sont des acteurs du développement agricole et de la transition agroécologique, pour faire appliquer le droit à l’alimentation et mettre en place une sécurité sociale de l’alimentation ?

Objectifs de la formation :

  • Saisir les enjeux que recouvre l’aide alimentaire
  • Avoir un aperçu des différentes pistes proposées pour en sortir et assurer une alimentation choisie à toutes et tous
  • Identifier les enjeux qui se posent pour les paysannes et les paysans (dans ce contexte et avec une éventuelle mise en place de cette SSA)
  • Échanger et faire évoluer ces réflexions

PAYS DE LA LOIRE -TRANSMISSION ET INSTALLATION

Les Ami.e.s de la Conf’ du Maine-et-Loire, constitués sous forme d’association locale, étaient présents de lors de la dernière Fête paysanne de la Conf’. Ils ont pu y rencontrer d’autres nouveaux Ami.e.s du secteur et étoffer la dynamique locale !

Leur page Facebook.

Après une soirée conviviale prévue le 4 octobre, les Ami.e.s des Pays de la Loire prévoient un cycle de réunions par secteur sur le département sur la thématique de l’eau avec une hydrologue et les collègues de la Conf’. Sujet crucial pour les années à venir et ce dès à présent ! N’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez rejoindre l’équipe !

En attendant, ci-dessous un article publié à l’occasion des élections régionales de 2021, sur l’un des enjeux phares de cette région – valable pour de nombreuses autres régions d’ailleurs – !

PAYS DE LA LOIRE – TRANSMISSION ET INSTALLATION EN AGRICULTURE. POURQUOI EST-IL ESSENTIEL DE TRANSMETTRE ET D’INSTALLER DES PAYSANS ? DES INITIATIVES QUI VONT DANS LE BON SENS !

La Région Pays de la Loire a bien identifié la problématique dans son schéma de développement économique de 2016, puis récemment selon sa vision de la PAC avec ses quatre objectifs :
► une agriculture qui fait face au défi du renouvellement des générations ;
► une agriculture résiliente ;
► une agriculture qui accompagne la transition des entreprises vers la durabilité et l’agroécologie ;
► l’agriculture, l’agroalimentaire et la forêt au cœur des territoires et de la ruralité


Au regard des intentions, nous pouvons qualifier la politique agricole régionale de volontariste, mais avec des moyens limités, voire en contradiction quand on sait que les aides attribuées au maintien de l’agriculture biologique ont été supprimées en 2019 et qu’il n’y a pas d’appui DRAAF / Région concernant les propositions faites par les réseaux favorables à l’agriculture paysanne.
Sur le terrain, les structures de réseau se mobilisent (par exemple l’ARDEAR (Association Régionale pour le Développement de l’Emploi Agricole et Rural) / GAB (Groupement des Agriculteurs Biologiques) / CIAP (Coopérative d’Installation en Agriculture Paysanne) ) pour accompagner les cédants, les sensibiliser au fait que leurs fermes, même si elles sont de petite taille, sont reprenables par un porteur de projet. Cela se traduit par des diagnostics d’exploitation, des sessions de réflexion collective sur les projets de transmission, de participation à des cafés transmission/installation.


Préalablement à tout ce travail de concertation, il est indispensable d’avoir un travail de repérage des fermes à transmettre, d’identification soit par des référents de territoire, paysans et / ou citoyens, soit par des collectivités communales pour être plus efficient. C’est ainsi que dans la Sarthe, Terre de liens, le GAB et la CIAP ont mis en commun leurs compétences pour proposer aux collectivités, à leur demande un accompagnement de modules d’actions à la carte.


Ces actions sont de tous ordres. Cela peut être une étude d’opportunité pour identifier dans la commune des parcelles pertinentes à l’installation de maraîchers, de mobiliser les acteurs de la commune pour un projet territorial, puis de rechercher et accompagner des porteurs de projet avec un stage de paysan créatif, ou encore l’aide à la création d’un groupe d’appui local.


Les porteurs de projets accompagnés par la CIAP s’installent à plus de 80 %. La CIAP est un organisme de formation destiné aux jeunes non issu.e.s du milieu agricole. Par son stage « paysan créatif », le futur paysan s’initie aux réalités de son projet. Il est accompagné ensuite selon son souhait par le portage temporaire d’activité, ou au préalable il est invité à se former dans un espace test en maraîchage de Loire Atlantique ou du Maine et Loire.


Très insuffisantes actuellement, nous demandons à nos élu.e.s que toutes les initiatives et actions pour la transmission et l’installation de jeunes paysan.ne.s soient relayées, soutenues, appuyées, afin de reconquérir une dynamique et une vitalité paysanne dans nos territoires.

Plus fort.e.s avec nos Ami.e.s !

Les Ami.e.s sont à l’honneur dans le numéro de septembre de Campagnes solidaires, qui y consacre son dossier. Pour l’occasion, le numéro est exceptionnellement téléchargeable gratuitement ICI !

Pour en découvrir plus et soutenir la Conf’, n’hésitez pas à commander les prochains Campagnes solidaires, ou mieux (!), à vous abonner !


Plus d’infos ici :
https://www.confederationpaysanne.fr/campagnes_solidaires.php?dernier=1

Des Ami.e.s dans les Alpes maritimes !

Plusieurs adhérents Ami.e.s se sont réunis cet été dans les Alpes maritimes avec l’idée de participer plus activement lors d’événements locaux avec un stand des Ami.e.s de la conf’. L’idée se poursuit, en lien avec la Conf’ locale ; n’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez être mis en lien.

En attendant, un peu de lecture autour d’un riche retour d’expérience dans la région : un pressoir mobile !

Une expérience de pressoir mobile pour valoriser des variétés fruitières anciennes et créer du lien dans le haut pays des Alpes-Maritimes.


D’après un échange avec :
• Davide Fabbri, Co-président de l’Association des Agriculteurs du Parc Naturel Régional – PNR – des Préalpes d’Azur ; arboriculteur de formation et travaillant avec sa femme en élevage de brebis laitières, adhérente à la Conf’
• Léo Raymond, adhérent aux Ami.e.s de la Conf’ et salarié du Conseil de développement du Parc Naturel Régional des Préalpes d’Azur Historique du projet

Au départ, Davide ayant suivi un parcours d’arboriculteur désirait créer un atelier de pressage de jus de fruits, à titre personnel, sur sa ferme. Ce projet, après avoir mûri, est devenu un projet collectif pour une autre finalité et à une autre échelle.
Cette initiative a vu le jour début 2015 avec l’appui des agriculteurs du Parc Naturel Régional des Préalpes d’Azur, ce parc des Alpes-Maritimes étant limitrophe du PNR du Verdon et du Parc National du Mercantour.
Dans ce territoire, la production aléatoire due aux gelées de printemps n’a jamais permis la création d’une arboriculture comme celle pratiquée dans la Drôme. De plus, l’abandon des cultures vivrières dans les villages et leur désertification suite à l’exode rural a laissé l’élevage de brebis de viande comme activité agricole majoritaire. L’arboriculture familiale a alors largement décliné.
Ayant pas mal circulé dans la Vallée de l’Estéron et la Vallée du Haut Var, Davide s’est aperçu qu’il existait encore un patrimoine conséquent : des arbres fruitiers cachés dans les broussailles, à valoriser. C’est ainsi que l’idée du pressoir à la ferme devint un pressoir collectif.


L’idée: permettre aux paysan.ne.s et aux particuliers de valoriser leurs pommes et leurs poires à travers la production de jus pasteurisés.


Des expériences mises en place par le territoire voisin (PNR du Verdon) ont inspiré la réflexion du projet qui a été façonné par les contraintes du territoire des Préalpes d’Azur, à savoir l’isolement des habitant.e.s et la topographie, qui affaiblissent le développement du travail collectif. La première journée de pressage a eu lieu en 2016 avec un pressoir mobile venant de Digne géré par l’association Fruits d’Avenir qui œuvrait notamment sur le territoire du PNR du Verdon.

L’association locale avait fait de la publicité auprès des agriculteurs / agricultrices et particuliers pour qu’ils viennent sur la place publique transformer leurs pommes en jus.
Grande surprise  : alors que l’association tablait sur un volume de 2,5 tonnes, la quantité pressée était supérieure aux prévisions.


Ce partenariat très enrichissant a permis pendant trois années de suite de créer un premier réseau de cueilleurs de fruits abandonnés répondant présents au rendez-vous d’automne avec le pressoir mobile, ce qui allait devenir une occasion majeure de se retrouver. Autour de ce collectif se monte progressivement l’atelier de pressage local, qui s’envole de ses propres ailes dès l’automne 2019, année de l’acquisition.


Développement du projet


A partir de ce premier résultat, une demande de financement (40 000 €) a été faite dans le cadre des projets LEADER (fonds européens). Ce projet a réuni autour des Agriculteurs du Parc, Agribio06 (association de l’agriculture biologique dans le 06), l’écomusée de la Roudoule, le GEDAR Provence Azur, le Conseil de développement et le Parc Naturel Régional des Préalpes d’Azur.


Trois axes de travail ont orienté le projet pendant 3 ans :

• « la RECHERCHE des variétés anciennes  » prise en charge notamment par l’Écomusée de la Roudoule, une première pour ce territoire oublié par la pomologie nationale jusqu’à présent ;
• « leur CONSERVATION » à travers la formation d’agriculteurs et de particuliers aux fondements de l’arboriculture ;
• « leur VALORISATION » par la mise en place de l’atelier collectif de pressage de jus, depuis sa conception jusqu’à la définition du règlement intérieur et de sa forme juridique (Agribio06 et la CUMA de Collongues).


Une des conditions pour que le projet de pressoir mobile soit accepté était une garantie de volume de pommes et de poires. Pour ce faire, le Conseil de Développement du PNR des Préalpes d’Azur, association visant à favoriser la participation citoyenne, a recruté une stagiaire, Melissande Pontieux, dont la mission était de rencontrer des agriculteurs et particuliers qui pouvaient avoir des fruits à presser.

La conclusion de ce travail a révélé un potentiel de 20 tonnes de fruits à presser. Le pressoir mobile est alors apparu comme la solution, le principe étant que les producteurs acheminent les pommes, les poires et les coings vers le pressoir qui lui-même se déplace dans les villages.


Ainsi, après trois années d’utilisation du pressoir de Digne, l’achat du pressoir se fit par l’intermédiaire d’une CUMA, forme juridique adaptée car elle permet d’acheter le matériel, en étant subventionné et de rémunérer les gens qui travaillent ponctuellement sur le pressoir.

Finalement, un pressoir plus petit que celui envisagé au départ a été acheté en 2019. Ce pressoir qui a coûté 12 000 € a été choisi car il était plus léger, plus simple de fonctionnement,
plus léger pour son amortissement comptable, plus facile à manipuler.
Tout un chacun peut le faire : agriculteurs, habitants, et il se déplace de village en village sur une remorque. Il a une capacité de pressage de 5 000 L (10t) sur une saison. La première année, il a pressé deux à trois tonnes ; la seconde, du fait d’une très grosse production, 6 000 L ont été produits. La limite était atteinte.
C’est pourquoi, la solution a été d’acheter un deuxième pressoir mobile avec les économies faites sur le premier. Celui-ci a été confié à une autre association, le GEDAR, association localisée dans la haute vallée du Var.


De fait, chaque vallée dispose aujourd’hui d’un pressoir mobile, ce qui permet de mieux répondre à la demande locale et limite les déplacements ainsi que l’usure du pressoir.
Il est à noter que la gestion de ce pressoir (déplacement dans les villages, pressage, entretien, etc.) nécessite un gros travail et un solide réseau de bénévoles.


Relancer les variétés anciennes


D’autre part, les financements européens ont permis de financer un recensement par une ethnobotaniste, Pauline Mayer, des variétés anciennes dans les Alpes-Maritimes.
Cette étude qui n’avait jamais été réalisée dans ce département, a duré deux ans et s’est terminée en 2019. Elle a permis de compléter la base de données de la pomologie nationale grâce à la découverte de variétés anciennes, parfois connues dans un seul village. L’étude a aussi éclairé un peu l’histoire de ces fruits.


Au 19ème siècle, à l’échelle du village, les variétés étaient locales.
Ensuite, le développement des routes a permis l’arrivée d’autres variétés.
L’arboriculture s’est développée au 20ème siècle pour approvisionner les villes. Chaque variété était autrefois adaptée à une utilisation propre : à la consommation l’été, au séchage, à la conservation dans les granges, à la fabrication de cidre, à la distillation.


Plus tard l’évolution des réseaux routiers a relégué la production fruitière française à des régions bien précises, ce qui a conduit à la spécialisation de bassins de production et, par voie de conséquence, à l’abandon de l’arboriculture de montagne.

Aujourd’hui le pressoir valorise tous ces reliquats de l’arboriculture ancienne : des fruits avec des maturités très décalées, souvent d’aspect et saveurs particulières (acides par exemple). Ces caractéristiques n’appâtent pas facilement les consommateurs modernes. Si la plantation de « pommes à eau » avance, une partie sera consommée et le reste sera transformé en jus.

Le jus de fruit est un produit à offrir, qui se vend, qui se troque, ça donne du sens à ce projet de découverte des variétés anciennes. Il y a des vergers conservatoires qui disparaissent faute de budget. La dynamique du pressoir, au contraire, donne envie de redécouvrir cette richesse.
Des personnes sont venues se former lors des journées d’apprentissage au greffage et à la taille des arbres.

D’autres ont même planté des arbres et (re)créent des vergers dans ces vallées. Ce n’est pas anodin aujourd’hui, car plus d’arbres, c’est plus de fleurs, plus de pollinisateurs, plus de biodiversité. L’engouement est tel que maintenant l’idée de créer une pépinière locale pour ces variétés est étudiée. Il y a toute une pédagogie à mettre en place pour, par exemple, produire des arbres mieux adaptés aux changements climatiques. En effet, Davide part du principe que des arbres provenant de graines locales et reproduits localement, seront peut-être plus résilients.


Par ailleurs, dans ces vallées où les villages sont animés l’été par les habitants de résidences secondaires, et désertés en automne et en hiver, la venue du pressoir crée pour les habitants un vrai lien social. Une des belles surprises de ce projet a été l’animation importante autour de cet atelier de production de jus, sur la place du village.

Le jour de la venue du pressoir les habitants et habitantes sont au rendez-vous et les activités pour ces bénévoles ne manquent pas : ils.elles aident à la pasteurisation, à la collecte des fruits, à la gestion des déchets, ou plus simplement, ils.elles apportent le casse-croûte pour l’équipe du pressoir. Il y a une vraie demande de participer à ce type d’événement local.


Le pressoir a aussi contribué à porter un autre regard sur ces arbres délaissés et ces terrains enfrichés. Il appuie ainsi, à son échelle, la reconquête de parcelles en déprise et permet aussi aux agriculteurs et agricultrices d’avoir un complément de revenu les années de bonne production de fruits.

Fonctionnement

Les participants, souvent des habitants des hameaux, sont invités à amener les pommes, les poires et les coings et payent un tarif de fabrication comprenant la bouteille. Ils peuvent l’année suivante ramener leurs propres bouteilles, seule la capsule doit être renouvelée à chaque fabrication. Ceci leur permet non seulement de réaliser des économies importantes sur le prix des contenants en verre mais cette démarche se place aussi dans un souci de protection de l’environnement en évitant leur fabrication, leur acheminement et leur recyclage.
Ce sont deux sujets très sensibles au sein du réseau de coopérateurs. Pour les personnes qui le souhaitent, les professionnels par exemple qui vendent leur jus, une bouteille neuve peut être fournie par la CUMA.


Conclusion


Ce modèle d’activité est parfaitement reproductible dans des zones rurales ayant un potentiel même limité de production de pommes, de poires et de coings voire d’autres fruits. Il ouvre la voie à des opportunités de travail occasionnel, lors des pressages et aussi permanente, lors de créations de pépinières par exemple.


C’est d’ailleurs sur cet aspect-là que planche actuellement Davide. Après avoir travaillé avec des écoles locales pour sensibiliser les enfants à travers la plantation d’arbres fruitiers à partir de graines récoltées sur le territoire, l’Association des Agriculteurs du Parc cherche aujourd’hui à installer une pépinière locale pour soutenir la relance de l’arboriculture. Dans cette perspective, il s’agit désormais d’étudier la viabilité de cette installation, de sécuriser du foncier pour cette activité et de trouver des porteurs de projets !


En 2016 une quinzaine d’agriculteurs et particuliers avaient ramené environ 3 tonnes de fruits au pressoir. Cette participation inattendue avait imposé de prolonger la journée de pressage prévue jusqu’au lendemain. Malgré les mauvaises récoltes les années suivantes, le pressage se poursuit, jusqu’en 2019, où sont fabriqués environ 4000 litres et presque 6000 en 2020. Etant donné le rendement moyen d’un litre pour 2 kg de fruits, quelques 12 tonnes de fruits ont ainsi été valorisées. Les participants à l’initiative, des habitués et des nouveaux qui se rajoutent chaque année, sont désormais plus de 50 dans les ateliers des deux vallées. En dépit des augmentations du coût de la vie, le projet souhaite maintenir l’accès au pressoir pour tous les participants. Ainsi, le coût de fabrication est débattu en AG chaque année et est de 1,60€ le litre TTC, bouteille comprise, dès l’automne 2019, année de l’acquisition.

• Propos recueillis par Marc Dhenin, ami de la Conf 56 et membre du comité de rédaction de Campagnes Solidaires représentant les Ami.e.s de la Conf national

Indre-et-Loire – Un groupe en constitution : les Ami.e.s de la Conf’ 37 !

Une dynamique locale se structure en Indre-et-Loire en cette rentrée 2022, notamment à l’occasion de la dernière fête paysanne, le 04.09.2022 à Lémeré (37), chez Gaëlle Cavelier et Romain Henry, apiculteurs (Les Abeilles de Papaé). N’hésitez pas à nous écrire si vous souhaitez être mis en lien avec la référente locale.

Les Ami.e.s de la Conf’ 37 ont participé à l’organisation de la grande fête paysanne (entre 800 et 1000 participants) qui a eu lieu à Lémeré (37) le dimanche 04 septembre chez nos paysans apiculteurs Gaëlle et Romain (Les Abeilles de Papaé).

Paysan.nes, bénévoles et Ami.e.s ont partagé le repas de midi sous le grand chapiteau. De multiples stands ont égayé les rencontres (Peuples Solidaires, Naya, Oasis Craventaise, Jeux en Bois, Conf’, ADEAR, Les Ami.e. de la Conf’…).

Un atelier sur la Sécurité Sociale de l’Alimentation a été proposé à plus de cent cinquante personnes à partir des questions « Raconte un moment où tu as été insatisfait/satisfait de ce que tu as mangé ? » et « Qu’est ce qui a freiné/favorisé le choix de ton alimentation ? ». Cet atelier a suscité un grand intérêt auprès du public.

La fête s’est poursuivie par les concerts de Mémée les Watts, le chanteur Kalune et sa belle énergie, et bien sûr HK, dont les chansons très engagées contre la société de consommation ont plu à toutes les générations présentes. Un grand moment de danses joyeuses !

Le sens de la fête a été explicité par les prises de parole politique des organisateurs et comité de pilotage (Conf’, ADEAR, Les Ami.e.s de la Conf’) au sujet de l’Agriculture paysanne. Les citoyen.nes sont appelés à reprendre la main contre le système productiviste dominant qui rend notre planète inhabitable et à soutenir ce véritable projet de société. Car l’agriculture paysanne est un outil de ménagement de nos territoires et du Vivant.

Les Ami.e.s de la Conf’ ont invité les participant.e.s à venir les rejoindre pour transformer notre société et à participer aux prochains rendez-vous en Touraine :

  • Convergence bio à notre stand le 18/09/22 à Tours,
  • Visite de ferme le 15/10/22 à l’Arrose Loire à La Riche.

La fête s’est terminée par un grand banquet extrêmement savoureux, fourni par les paysan.nes proches et élaboré par les équipes des nombreux bénévoles présents.

ÎLE-DE-FRANCE : PRÉSERVER LE FONCIER AGRICOLE POUR SE NOURRIR

Marchés paysans, soutien à la Conf’ locale, Semaine de l’agriculture paysanne dans les grandes écoles et universités, mobilisation contre les grands projets inutiles et imposés (Europacity par exemple), l’artificialisation des terres et les enjeux liés au foncier, rando-vélos et visites de fermes… l’engagement des Ami.e.s de la Conf’ d’Ile-de-France, fort de ses 3 référents locaux, est multiple ! N’hésitez pas à nous contacter pour être mis en lien. Leur page facebook.

Ci-dessous un article publié à l’occasion des élections régionales de 2021 : « préserver le foncier agricole pour se nourrir »

UNE FORTE PRESSION SUR LES TERRES AGRICOLES

Ayant en partie fondé sa richesse sur les terres très fertiles du bassin parisien, l’Île-de-France (IdF) est une région encore fortement agricole, la SAU (Surface Agricole Utile) représentant 47% de son territoire (2% de la SAU française).
L’IdF, très spécialisée dans de grandes cultures en majorité vouées à l’exportation et comptant 5000 exploitations d’une taille moyenne de 110 ha (63 ha pour la moyenne française), est très loin d’assurer l’autonomie alimentaire de ses 12,2 millions d’habitants. Région la plus peuplée de France, la pression foncière sur les espaces agricoles franciliens est aujourd’hui extrêmement forte avec la disparition de 1900 hectares par an entre 1990 et 2010. La pression vient de l’urbanisation et du déploiement de grands projets d’aménagement, comme ceux du Grand Paris. L’augmentation constante des prix incite à la spéculation.

La très faible mise sur le marché des fermes à vendre, la faible transmissibilité des fermes du
fait de leur taille et du fonctionnement capitalistique associé, le prix du foncier agricole (environ 8000 euros / ha en moyenne en Île-de-France) et la logique de captation des aides PAC à l’hectare et de concentration des terres, rendent très difficile l’accès au foncier pour les candidats à l’installation, que ce soit à l’achat ou à la location.

L’AGRICULTURE, PLUS PETIT BUDGET DE LA RÉGION

Après un début de mandat peu actif sur les questions agricoles et alimentaires, l’équipe régionale en place depuis 2016 (sous présidence de Valérie Pécresse, alors affiliée aux Ré-
publicains) a adopté un Pacte agricole en 2018 et un Plan régional pour une alimentation
locale, durable et solidaire en 2021
, imprégné de la crise de la Covid.

Le budget associé directement à l’agriculture est faible : sur les 5 milliards de budget annuel de la Région, moins de 1% est consacré à l’agriculture et à la ruralité, même s’il est en augmentation constante. Le budget du Pacte agricole est de 150 millions d’euros sur la période 2018-2022.


Les cinq axes du Pacte identifient d’importants enjeux :
1 Préserver les terres et lutter contre le mitage ;
2 Soutenir l’installation des jeunes agriculteurs ;
3 Aider à la diversification ;
4 Accompagner la transition écologique et énergétique ;
5 Favoriser le « mangeons francilien »


Le premier axe concerne le foncier, indispensable si l’on veut manger local, ce qui est recherché par les Franciliens et fait l’objet du premier défi « produire en Île-de-France » du Plan régional pour l’alimentation. Ce plan, doté d’1 milliard d’euros programmés sur 2021-
2030, vise à plus de souveraineté alimentaire sur le territoire régional.

FACE À L’ÉTALEMENT URBAIN, DES OUTILS LIMITÉS POUR PRÉSERVER LE FONCIER AGRICOLE

La Région est nécessairement en porte-à-faux sur la préservation du foncier agricole puisque son but est d’accompagner sa croissance. Cela passe notamment par l’aménagement et le désenclavement de territoires par la construction de lignes et gares, le secteur des transports constituant le premier budget de la Région (plus du tiers du budget global). Ces aménagements provoquent un risque d’étalement urbain, le modèle de la maison individuelle avec un accès à tous services et aménités restant un des rêves des citadins, et donc de grignotage d’espaces non construits.
On pense aux discussions sur le projet de gare du triangle de Gonesse (ligne 17), qui devait desservir Europacity, mégaprojet inutile abandonné en 2019, ou bien à la ligne 18 qui doit desservir le campus universitaire et scientifique en construction sur les terres très fertiles du plateau de Saclay. Dans le SDRIF – Schéma directeur régional de l’Ile-de-France (adopté en 2013 qui correspond au SRADDET francilien), la trajectoire d’aménagement à 2030 mènerait à une perte d’environ 10% d’espaces agricoles et boisés.
Cependant, la Région affiche des objectifs constants de lutte contre l’artificialisation des terres agricoles et certains cadres protecteurs des espaces agricoles existent. Quels outils proactifs sont-ils mis en place ?


Le Conseil régional actuel met en avant la création d’un fonds de portage foncier « Île-de-
France, terre d’installation »
en 2019, auprès de la SAFER IdF et copiloté par l’Agence des Espaces verts (AEV). Ce fonds doit permettre de mettre en réserve des biens agricoles, par une acquisition temporaire d’une durée de 2 ans (prorogation possible jusqu’à 5 ans), dans l’attente de l’identification d’un candidat prêt à s’installer.


L’AEV est une particularité de l’Île-de-France. Dans le cadre de Périmètres régionaux d’intervention foncière (PRIF), elle est autorisée à acquérir des espaces naturels, agricoles, ou des milieux dégradés à réhabiliter, à l’amiable, par voie de préemption, ou dans certains cas, par expropriation. Sur 40 000 hectares répartis dans 55 PRIF, près de 15 000 sont acquis et gérés par l’AEV pour le compte de la Région dont 16% pour des espaces agricoles (2300 ha).

Par ailleurs, la Région affiche pour 2020-2030 l’objectif ambitieux de « zéro artificialisation nette» (ZAN). Un des outils mis en avant pour cela est la requalification des friches, qui doit passer notamment par le renforcement du plan friches (20 millions d’euros), et la désartificialisation des sols.


L’objectif est louable – quoi qu’on soutiendrait plutôt un objectif de zéro artificialisation en valeur absolue – mais le plan friches paraît à première vue assez anecdotique pour permettre de maintenir les surfaces agricoles disponibles. En tout état de cause, une densification et une optimisation de l’espace dans les zones urbaines, construisant la ville sur elle-même, sont indispensables pour préserver les terres agricoles.

QUELQUES PERSPECTIVES : OPTIMISER LES OUTILS EXISTANTS ET S’ENGAGER SUR LA TRANSMISSION

Pour aller plus loin, il faudrait suivre les résultats du fonds de portage foncier et quels moyens
se donne la Région pour atteindre cet objectif de ZAN.
Sur le foncier, on peut relayer ici quelques recommandations de « 5 axes pour le développement de l’agroécologie en Île-de-France », plaidoyer de Terre de Liens Île-de-France, Réseau des AMAP en Île-de-France, Les Champs des possibles et Abiosol pour les élections régionales, notamment la revitalisation de l’engagement de l’AEV sur les PRIF et surtout de sa politique d’acquisition des terres agricoles en augmentant les crédits de l’AEV d’au moins 13 % (baisse moyenne de sa subvention depuis 2016). Une autre recommandation est de favoriser les accès collectifs au foncier agricole, en cofinançant des actions citoyennes (par exemple via TdL), en appuyant les communes dans ce type de démarches, ou en soutenant les initiatives collectives de porteurs de projets pour la création de GFA (Groupements Fonciers Agricoles), proches des SCI (Sociétés civiles immobilières).


Enfin, vu la difficulté à trouver des terres à cultiver, un travail énorme est à faire du côté de la
transmission des fermes pour qu’il y ait plus de fluidité dans le marché foncier agricole, que les grandes parcelles soient divisées et permettent l’installation de plusieurs paysan.ne.s, et pour éviter la rétention et la spéculation foncières. La transmission étant le parent pauvre des politiques publiques en matière agricole, nous soutenons fortement le plaidoyer intitulé «Renouveler les actifs agricoles en transmettant les exploitations », publié en mars 2021 par le réseau de promotion de l’agriculture paysanne InPACT, à destination des conseils régionaux.

HAUTS-DE-FRANCE : VOUS AVEZ DIT MÉTHANISEURS ?

Dans les Hauts de France, les Ami.e.s se mobilisent essentiellement contre Tropicalia, un projet de serre tropicale dans le Pas de Calais (!) et sur les questions liées à la méthanisation, mais aussi aux fermes-usines. N’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez les rencontrer !

Le développement de la méthanisation agricole est encouragé et soutenu depuis des années
par le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation au travers du plan « Énergie Méthanisation Autonomie Azote » lancé en 2013 2 , qui visait la création de 1000 installations de méthanisation agricole en 2020 en France. La méthanisation est souvent présentée comme une nouvelle manière de développer les énergies renouvelables et comme une solution écologiquement pérenne.
Dans le rapport « État des lieux des projets d’injection de bio-méthane bénéficiant d’un récépissé d’identification ADEME (période de 2012 à novembre 2020) », une carte met en évidence un plus grand nombre de projets d’injection de biométhane identifiés.
Dans la région des Hauts-de-France, ils poussent comme des champignons ! Avec une forte implication des acteurs régionaux sous l’impulsion du président : Xavier Bertrand.
Dès 2016, signature du manifeste pour une ambition économique partagée visant à « faire de la région Hauts-de-France la première région européenne d’injection du biométhane », suivi en 2017 du manifeste pour le développement du Gaz Naturel Véhicules et du bioGNV dans la région des Hauts-de-France.


La Bretagne voit surtout défiler des dossiers pour des méthaniseurs adossés à des élevages industriels allant jusqu’à 40 000 cochons. « Ces exploitations incorporent dans leur méthaniseur du maïs subventionné par la Politique agricole commune, et bénéficient aussi du tarif de rachat d’énergie. Elles sont payées deux fois ! On garantit ainsi la pérennité d’élevages à bout de souffle. »

Panorama des unités de méthanisation agricoles en Hauts-de-France (juin 2020)
► Unités en fonctionnement : 54
► Unités en construction : 27
► Projets potentiels : ≈ 155 (dont 150 en injection de biométhane)

Nous pouvons analyser l’expérience de nos voisins : l’Allemagne a soutenu le développement de la méthanisation au début des années 2000 mais fait machine arrière. Il existe à ce jour 10 400 sites alimentés par des cultures dédiées (près de 900 000 ha), et pour atteindre un haut niveau de développement du biogaz, l’Allemagne a dû promouvoir la culture du maïs, plante énergétique.


Les agriculteurs ont répondu à l’incitation au-delà des espérances et la méthanisation leur a permis d’assurer bien plus qu’un complément de revenu. Mais ils ont rapidement été concurrencés par les gros investisseurs qui ont vu une manne dans la production de biogaz. Les sociétés agro-industrielles ont accaparé les terres au détriment des agriculteurs tandis que la monoculture, de maïs essentiellement, a conduit au changement d’affectation des sols et encouragé une agriculture productiviste au préjudice des équilibres écologiques et de la biodiversité.

PLUSIEURS POINTS D’ATTENTION :

► Dans les Hauts-de-France, beaucoup d’unités dépassent déjà les seuls apports d’une ferme et sont portées par des sociétés d’agriculteurs, alliées parfois à des sociétés de production de gaz. Outre les investissements importants, il faut pouvoir honorer les contrats et donc alimenter en permanence les cuves.
Les contrats signés avec GRDF le sont pour 15 ans et le prix de rachat 4 à 5 fois plus élevé que le gaz naturel, assurant un revenu aux agriculteurs !
► Cependant le développement accru de la filière entraînera obligatoirement une guerre des intrants, le recours systématique aux cultures dédiées et aux CIVE (Cultures Intermédiaires à
Valorisation Énergétique) et probablement l’augmentation des élevages intensifs.
Il y aura donc une course aux intrants. Le prix à l’hectare est en perpétuelle augmentation ; il en sera de même pour les fermages, les fourrages et l’alimentation en général. Aucune
possibilité pour le développement de la paysannerie, les terres étant massacrées et hors budget, sans oublier la disparition des pâturages.


► Partout en France et en particulier dans la région des Hauts-de-France, de nombreux groupes de citoyens consomm’acteurs s’opposent à ces projets d’installation. Ils sont fédérés par 3 collectifs nationaux :
• le CNVM – Collectif National Vigilance Méthanisation www.cnvm.site
• le CNVMch – Collectif National Vigilance Méthanisation canal historique www.cnvmch.fr
• le CSNM – Collectif Scientifique National Méthanisation raisonnée csnmraison@gmail.com

Une association se fait par ailleurs connaître par son dynamisme et son implication régionale et nationale : Non à la méthanisation à Bailleul. Elle a par ailleurs déposé plainte à l’encontre de Biogaz Liévin, pour pollution grave lors de l’accident récent de Volckerinckhove. À ce jour en
France, environ 270 accidents sur 167 sites sont recensés ou déclarés au BARPI (le Bureau d’Analyse des Risques et Pollutions Industriels). Il va sans dire que bon nombre ne font l’objet d’aucune déclaration.

MÉTHANISATION / ALIMENTATION… QUEL RAPPORT ?

Nous nous engageons pour le développement d’une agriculture paysanne parce que nous
sommes convaincus qu’elle peut assurer pour chacun une alimentation de qualité en permettant à ceux qui la produisent d’avoir une rémunération et une vie correctes. Pour la protection de l’environnement et une reconquête de la biodiversité.
La méthanisation et son développement incontrôlé réorientent le métier de paysan vers celui de producteur de biométhane. En tant que citoyens et consom’acteurs, nous constatons que la méthanisation favorise les élevages intensifs que nous combattons, et dévie la terre de sa fonction originelle : nourrir !


La Confédération paysanne a édité un document pouvant aider à interroger les élu.e.s et futur.e.s élu.e.s avec ces principes de base :
► la méthanisation doit participer prioritairement à un objectif d’autonomie énergétique de la ferme et doit s’inscrire dans une démarche d’économie d’énergies.
► la méthanisation doit être adaptée et dimensionnée à la ferme et à la quantité de déchets « vrais » (ceux pour lesquels on ne connaît pas de meilleure source de valorisation) produits à la
ferme ou dans un rayon très proche.
► les apports de matières végétales dans les méthaniseurs doivent être drastiquement limités. Toutes les matières végétales doivent être prises en compte (principales ou non) y compris les prairies.
► des contrôles sur les approvisionnements des méthaniseurs doivent absolument être réalisés sur le terrain.
► la méthanisation ne doit pas favoriser la dépendance des paysan.ne.s à des financeurs extérieurs et ne doit pas se faire au détriment de l’autonomie financière et économique de la ferme. (D’après une synthèse de l’OFATE, la réduction significative des subventions qui assuraient la rentabilité des installations et la durée de vie limitée de celles-ci devraient entraîner, selon le scénario de référence, la mise à l’arrêt des unités existantes et la disparition progressive du parc d’installations de biogaz en Allemagne d’ici 2035.)


Ainsi, les fonds publics destinés à soutenir l’agriculture ne doivent pas être utilisés pour
subventionner la méthanisation. Pour les autres subventions, elles doivent être dégressives
et plafonnées afin de limiter le soutien aux installations de taille importante. La méthanisation ne doit pas favoriser un modèle d’agriculture hors-sol, producteur délibéré de déchets
et qui pourrait mettre en péril la souveraineté alimentaire.

« Renchérissement du foncier, investissements importants sur les fermes qui risquent de figer les systèmes, concurrence
entre cultures alimentaires et énergétiques, gestion des digestats et risques accidentels sanitaires et environnementaux, notamment au cours des phases d’exploitation et de maintenance. Trop de végétaux qui ne sont pas des déchets alimentent les méthaniseurs,
au détriment de la souveraineté alimentaire et de la solidarité entre paysans. Il est temps
de faire le bilan ».

La Confédération paysanne, lors de sa conférence de presse de janvier 2021, a demandé un moratoire sur les projets de développement des installations en
méthanisation.